Collection Magnelli. Les Massier, et en particulier Clément, qui fait appel à des collaborateurs de renom. Dès 1860, il invite le sculpteur écossais Alexandre Munroe et Optat Millet, céramiste décorateur formé à Sèvres, à dessiner des modèles pour l’atelier. La collaboration la plus significative est celle du peintre symboliste Lévy-Dhurmer, qui sera directeur artistique de la fabrique de Clément, pendant huit ans, de 1887 à 1895. Ils ont été un modèle de référence pour beaucoup d’artisans. A cette époque, de nombreux céramistes ont été formés dans les ateliers Massier à Vallauris et ont perpétué les techniques du lustre métallique et de la barbotine. Certains ont créé leur propre atelier, comme l’atelier BACS par Jean Barol (1873-1966), Marius Alexandre (1880-1959), Jean Carle, et François Sicard (1850-1942). D’autres partent s’installer à Fréjus comme Dominique Zumbo ( ?–1939). Partout en France et en Europe, d’autres ateliers vont s’inscrire dans ce renouveau : la société Cytère dans les Vosges, l’école florentine, Vilmos Zsolnay (1828-1900) à Pecs en Hongrie, et William de Morgan (1839 ?-1917) en Grande Bretagne. La poterie culinaire, production « historique », de Vallauris décline dans l’entre-deux-guerres. Cependant, dès la fin des années 1930, de jeunes artistes commencent à arriver à Vallauris, notamment Suzanne et Georges Ramié, qui fondent en 1938 l’atelier Madoura (ce nom est issu de la contraction du mot « maison » et de leurs deux noms de famille Ramié et Douly). La production de Suzanne Ramié sera quelque peu éclipsée par celle de Picasso qu’elle accueille à partir de 1948 ; pourtant, elle se distingue par des créations issues des formes traditionnelles provençales : des formes pures soulignées par des émaux très vifs et par une production plus personnelle. Ce mouvement se prolonge pendant et juste après la seconde guerre mondiale. Cette nouvelle génération participe au renouvellement de l’exposition traditionnelle, Poteries – Fleurs – Parfums, qui se tenait chaque année au Nérolium, coopérative agricole où est produit le néroli, essence de fleur de bigaradier, et qui avait été interrompue pendant la guerre. L’arrivée de Picasso impulse un tournant décisif et va créer une effervescence notable : les années 1950 apparaissent bien, dès lors, comme « l’âge d’or » de Vallauris et la ville devient « la cité des 100 potiers ». A la suite de Picasso, d’autres artistes célèbres comme Marc Chagall, Édouard Pignon, Anton Prinner, Victor Brauner, s’initient à la céramique, à Vallauris. Parallèlement à cela, les jeunes gens, la plupart issus d’écoles d’art, qui continuent à s’installer à Vallauris, vont créer chacun à travers leurs personnalités différentes, un foyer artistique extrêmement riche. On peut citer Jean Derval, Roger Collet, Roger Capron, Gilbert Portanier, Robert Picault, Marius Bessone, Marcel Giraud, Alexandre Kostanda, Albert Thiry, Gilbert Valentin… : les formes dérivées de l’utilitaire sont toujours très présentes mais cette nouvelle génération se tourne également, peu à peu, vers des formes plus sculpturales et également vers l’architecture. Cette jeunesse n’est pas la seule à développer une production remarquable. D’autres se distinguent, comme celle de Jean Gerbino qui a travaillé au début du XXe siècle chez les Massier et qui est installé comme artisan à partir de 1930. Il a mis au point une technique de terres mélangées qui trouve son plein épanouissement lors de cette décennie. L’entreprise s’est poursuivie avec ses deux gendres, Joseph Capra et Edouard Alziary, puis avec le gendre de ce dernier, Yvan Koenig. De même, les fabriques traditionnelles (Giuge, Grandjean-Jourdan, Saltamacchia, Foucard-Jourdan…) participent à ce mouvement en renouvelant une production de qualité. Céramiques des biennales internationales depuis 1966 à aujourd'hui. Design céramique. Le musée possède une collection de deux cents photographies d’André Villers, prises entre 1953 et 1961. Né à Beaucourt (Territoire de Belfort), c’est à Vallauris qu’André Villers apprend la photographie alors qu’il est en convalescence au centre Hélio-Marin. Il rencontre Picasso en 1953, qui lui offre son premier rolleiflex. « C’est moi qui t’ai mis au monde » dira plus tard Picasso. Villers exécute le portrait de nombreux artistes (Prévert, Magnelli, Dali, Chagall …) et réalise des milliers de clichés de Picasso, témoignant de l’intégration de Picasso à la vie de la cité vallaurienne. Ensemble, ils créent une œuvre à quatre mains Diurnes dont 30 clichés seront publiés dans un album accompagnés d’un texte de Jacques Prévert. André Villers a immortalisé également les rues de Vallauris. Dans ses clichés, s’observent les magasins et les maisons de l’époque, les poteries et leurs fumées, mais aussi les gens, les enfants, leurs jeux, la mode vestimentaire… Ce patrimoine photographique, en noir et blanc, donne à voir la vie des Vallauriens dans leur quotidien, à ressentir parfois leurs émotions.
C’est en 1038 qu'Aldebert, évêque d’Antibes, et son frère, Guillaume Ganceran, cèdent leur fief de Vallauris au monastère de Lérins. Dans la seconde moitié du XIIe siècle, les moines de Lérins font construire un castel et sa chapelle pour la résidence du prieur, seigneur délégué du fief. La chapelle, encore visible, placée sous le vocable de Sainte-Anne, est un petit édifice à nef unique dont les deux travées couvertes d’une voûte en berceau brisé s’articulent à une abside sous cul-de-four par un large arc brisé. Cette église s’insère dans un important ensemble de constructions romanes en Provence orientale. Au cours de son histoire la ville a connu diverses fortunes. En 1453, elle est déclarée inhabitée. Le prieuré, laissé à l’abandon, tombe en ruines. En 1501, Dom Raynier de Lascaris, moine de Lérins, prieur et seigneur du lieu, fait venir de son comté de Vintimille des familles de paysans pour repeupler l’endroit. A cette époque, d’importants travaux de restauration sont entrepris : le linteau de l’entrée porte la date de 1568. La bâtisse prend alors des allures de château Renaissance, avec notamment un bel escalier en balustre à la florentine. Au XVIIIe siècle, le bâtiment est complété avec l’édification du porche d’entrée et restera la demeure du prieur, jusqu’en 1787. A la Révolution, le prieuré et ses dépendances sont déclarés Biens nationaux et revendus à la famille Maurel qui installe un moulin à huile dans la chapelle, désaffectée en 1791. La grande meule de pierre du moulin est toujours en place dans la chapelle en 1950 lorsque la sculpture de Picasso, l’Homme au mouton, y est exposée. En 1810, une famille d’armateurs marseillais, les Daumas, rachète le domaine et l’embellit. Leurs armes, soutenues par deux angelots, sont encore visibles au-dessus de la porte principale.